TOUR D'HORIZON DE LA QUESTION DU SENS

Qu’est ce que la question du sens ?

Poser la question du Sens, c'est s'interroger à propos du pourquoi, du "Pour Quoi" et des finalités qui sont à la source et aux fondements des actions humaines et des organisations.


Les enjeux de la question du sens

La question du sens se pose de manière aigüe dans nos sociétés contemporaines complexes. A force de ne s’intéresser qu’au « comment », aux « moyens », aux « techniques » nos sociétés perdent de vue la fin, la finalité, l’essentiel, le coeur des choses. Le sens est ultimement la boussole qui nous conduit là où nous voulons aller. Sans lui, nous sombrons dans le n’importe quoi, dans l’action pour l’action, « la perte de sens », voir pire dans le «non sens», l’endroit où les actions posées ont l’effet inverse de l’effet recherché, le lieu où au nom du bonheur, du plus, de la valeur ajoutée nous créons l’enchaînement de notre malheur, de la moins value et de notre perte. La question du sens est donc LA question fondamentale du XXIème siècle, celle qui nous concerne tous et toutes en tant qu’êtres humains, surtout en ces temps de crises. Aussi pouvons nous affirmer, dans les pas de Malraux, que le XXIème siècle aura du sens où il finira mal.


Le Sens comme combat

Face aux enjeux de notre temps, face aux mutations de la mondialisation et du capitalisme, face aux nécessités de la transition écologique et solidaire, le Sens doit ainsi nécessairement devenir le nouveau paradigme de ce XXIème siècle.

Il s’agit de promouvoir le Sens comme valeur centrale à la source des actions humaines. A l'heure de l'argent roi et de l'aliénation économique volontaire, il s'agit de promouvoir des valeurs humanistes, de remettre l'homme et son développement au cœur des choix de la société car ultimement c'est la quête du dépassement de la souffrance, de la maladie et de la mort qui est le moteur, le tropisme fondamental de l'être humain. Cette quête d'une transcendance se réalise dans une recherche de Sens davantage que dans une recherche de bonheur immédiat ou de bien être mou qui conduit à l'hédonisme et à l'individualisme. Or le Sens c'est l'action qui se termine en l'autre, l'action valable qui conduit à la réalisation sous une forme ou sous une autre du Grand Partage Planétaire auquel l'humanité toute entière est appelé pour exprimer son unité. Tel est le sens de l'histoire et la nécessaire "révolution du sens" qui doit advenir.


Les enjeux d’une « Economie du sens »

Face aux normes administratives et budgétaires qui s’imposent peu à peu dans la société en voie de néo libéralisation, la question du sens est la grande oubliée. Si cette logique du tout marché fonctionne dans de nombreux secteurs d’activités, il est des domaines où elle n’a pas sa place car elle rentre de plein fouet en contradiction avec le sens premier des actions envisagées. Les domaines de cette incompatibilité forme le secteur d’une «Economie du sens», une économie dont la fonction n’est pas seulement de produire de la richesse financière mais de produire du lien pour la société dans une perspective d’intérêt général et social. Cette conception d’une économie du sens remet en cause le dogme néolibéral selon lequel une société parfaite serait une société où la loi du marché est la seule règle. Nous avons pu repérer 13 secteurs d’activités où le sens doit être le moteur des pratiques :

  1. l’éducation nationale
  2. le coaching et métier de l’accompagnement professionnel
  3. la psychologie
  4. le travail social et éducatif & l’animation socio culturelle
  5. l’Economie Sociale et Solidaire
  6. la solidarité Internationale
  7. la médecine et les métiers de soignants
  8. les métiers du soin et de l’aide à la personne
  9. la médecine alternative et métiers du bien être sportif
  10. l’enseignement et formation professionnelle pour adulte
  11. les métiers de la culture et de l’histoire de l’art
  12. les métiers du développement durable et de l’écologie
  13. les services publics

Le Sens impose sa logique propre et représente la véritable alternative à l’ordolibéralisme c’est à dire aux normes budgétaires et bancaires comme seul critère de sélection de la viabilité des projets humains. Le sens doit devenir la valeur centrale qui est à la source des décisions politiques. Le Sens a avant tout une dimension politique et sociale.


La dimension philosophique du sens

Cette place centrale du sens se vérifie tout au long de l’histoire. Il a pris des formes variées et a toujours constitué le fil rouge qui permet de comprendre au final ce qui a mobilisé les êtres humains. Ainsi le propre de l’humain est -il de s’interroger sur le sens de son existence et de la vie. Ce fait provient de la relation très particulière qu'il entretien avec la mort : l'homme est le seul animal conscient qu'il va mourir. Comme nous ne savons pas ce dont sont conscients les animaux, on peut affirmer en tout cas que l'homme est le seul animal qui souffre du fait qu'il va mourir. Or comme l'être humain est un animal qui a besoin de sens, le voilà confronté au pire : la mort. Elle incarne le non sens absolu. Face à la mort inéluctable, le sens de la vie elle même prend une coloration différente. Soit il y a quelque chose après et la vie a un sens qui peut se cacher dans cet au delà. Soit il n'y a rien et la vie perd une grande partie de son sens (si ce n'est pas tout le sens qu'elle peut avoir). Cette angoisse face à la mort est à la source de toutes les spiritualités, qui agissent (selon le point de vue) au pire comme des compensations illusoires ou au mieux comme une solution, un baume au cœur pour tenir le coup.

Les réponses spirituelles de l’humanité ont pris des formes les plus variées mais toutes portaient en germe la question du sens de la vie et de l’existence. Elles ont pris tour à tour des formes animistes (préhistoire), philosophiques (antiquité), religieuses (moyen âge), et idéologiques (époque moderne). Le point commun entre toutes ces spiritualités est qu’elles offraient une forme de « prêt à penser » en lien avec le sens de la vie qui satisfaisait les besoins de sens des individus et des groupes. Seule l’époque contemporaine laisse l’individu seul face à l’angoisse existentielle : c’est à chacun de construire le sens qui lui est propre. Cette configuration unique dans l’histoire fait de nous tous de potentiels « créatifs culturels » c’est à dire des créateurs de sa propre culture. Cette configuration unique est porteuse d’espoir dans le sens où elle permet l’émergence d’une nouvelle sensibilité sociale et spirituelle en réponse aux dérives de la modernité et de son non sens. Il est temps cependant que la question du sens soit ressaisie selon les formes des mentalités de la société contemporaine pour répondre aux besoins de sens de la civilisation du XXIème siècle à travers ses individus et organisations.


Les enjeux d’une Ecologie du sens

L’objectif serait de construire une "science du sens" c'est à dire "une méthodologie de la création individuelle et collective du sens" (ou Ecologie du sens). Il est avéré maintenant, depuis les travaux de Frankel et de Wong, que le sens est un facteur psychologique positif pour les êtres humains : il permet de générer une dynamique de pensée positive qui est source de bien être et de disparition des angoisses existentielles. Le premier enjeu se traduit ainsi en terme de développement personnel. Mieux, il est avéré également depuis les travaux de WEICK sur le sensemaking que le sens est un facteur positif de mobilisation et de motivation des individus au sein des organisations. Le second enjeu est ainsi managérial : il s’agit de poser les bases d’un savoir faire pour un management par le sens. Cet enjeu est vital du point de vue de la qualité de la vie au travail et de la résolution des « nouvelles » psycho-pathologies du travail (burn out, bore out, brown out).


Les facteurs de développement du sens ou du non sens

L’Ecologie du sens vise ainsi à définir une science des facteurs qui permettent l’émergence, le développement ou la mort du sens pour les individus et les groupes. Le terme écologie permet de mettre en avant la nécessaire bio diversité des sens que chacun donne à son existence et à son travail ; il s’agit de protéger cette bio diversité dans l’optique d’un environnement favorable au sens. De ce point de vue des facteurs générateurs ou non du sens, deux dimensions semblent fondamentales : la dimension du projet et la dimension sociale.


Sens & projet

Le projet est le vecteur par lequel un individu se projette dans l’avenir pour le construire. Il porte en lui même une forte dimension d’empowerment c’est à dire une prise de pouvoir de l’individu sur ses propres déterminismes et les déterminismes sociétaux. Il permet de canaliser les énergies dans une direction unique qui évite la dispersion et la déconcentration. La dimension projet est donc un facteur fondamental dans le développement du sens.


Sens & social

De même, le facteur social est extrêmement important comme dimension qui permet de générer le sens. Par social nous entendons à la fois ce qui constitue le lien entre les humains et l’ensemble des mesures et politiques qui permettent de consolider ce lien. Le sens est en effet éminemment en rapport avec le fait de poser des actions qui se terminent en l’autre, qui ont pour but le bien être de l’autre. Le sens a beaucoup à voir avec le sentiment d’amour inconditionnel. De nombreuses religions par le passé avaient mis en avant l’amour inconditionnel d’un Dieu pourvoyeur à l’infini. Depuis la mort de Dieu, il ne nous reste que l’amour entre nous, petits humains et c’est un facteur pourvoyeur de sens à l’infini. Aussi pour beaucoup le sens de leur vie se trouve dans les relations humaines qu’ils entretiennent avec leurs proches (famille, enfants, amis, etc.). La logique qui est à développer ici est celle de la dynamique don-contre don, dynamique pourvoyeuse de sens dans une optique convivialiste.


Sens & travail

Hélas, dans notre société cela passe par la case travail. Du latin trépalum, étymologiquement le travail renvoi à un instrument de torture utilisé au moyen âge pour punir les esclaves. Dans notre société contemporaine, nous n'en sommes plus à l'esclavage mais il reste encore beaucoup de chemin pour libérer totalement l'être humain de l'aliénation économique. Non pas que le travail en soi soit négatif mais c'est surtout une manière de le pratiquer dans nos sociétés mondialisées qui est à remettre en cause : trop de stress, trop peu de sens, trop de compromission et trop peu de satisfaction réelle. Travailler 35h00 en soi, ce n'est pas la mer à boire mais c'est surtout ce qu'on nous demande de faire pendant cette majeure partie de notre vie éveillée qui pose problème du point de vue du développement humain. André Gortz a très bien senti la question en parlant d'un "travail hétéronormé", c'est à dire imposé de l'extérieur selon des normes budgétaires, bancaires et comptables, qu'il oppose à la possibilité d'un "travail autonome", c'est à dire qui vient de l'intérieur de soi pour construire à l'extérieur ce qu'on a à l'intérieur (un art, un concept, une idée, une technique, …). La différence est majeure pour ceux qui cherchent un accomplissement dans la vie mais il est vrai qu'elle n'a que peu d'importance pour ceux qui peuvent y combler leur vide intérieur et existentiel. Car c'est bien ainsi que l'on pourrait résumer le travail dans sa forme actuelle : le vide !!! Le travail nous laisse lessivé, sans énergie, sans plus rien d'autre à pleurer que notre modeste salaire qui nous permet tout juste de survivre dans une société du vide où exister se résume à consommer des produits dont nous n'avons besoin que parce que l'on nous a manipulé par la pub pour en avoir le besoin ou l'envie. Telle est la condition de l'homo-économicus de nos sociétés qui se disent libérales. Tel est ce dont il s'agit de se libérer. La question est donc de savoir si le travail a un sens en lui même et comment, dans ce monde où il nous est demandé de travailler, trouver un sens à son travail ?


En guise de conclusion :

Nous nous proposions ici de faire le tout de la question du sens, d’en montrer les multiples enjeux et dimensions. Le sens pose de multiples questions existentielles et c’est bien là sa fonction. Il est un catalyseur qui vise à nous faire passer d’un état à un autre. L’état A c’est la crise que nous traversons qui est éminemment une crise de culture (Hannah Arendt) et de civilisation (Edgar Morin) ; l’état B c’est le nécessaire saut qualitatif que l’humanité doit traverser pour une civilisation enfin véritablement humaine et non violente. Le sens est le produit, le catalyseur qui doit nous faire passer d’un état à l’autre. Il en est en tout cas un des éléments essentiels de l’équation que nous avons à construire pour un futur désirable.

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