Revue de littérature sur la question du sens de la vie à travers les âges

De tous temps et en tous lieux, on peut repérer chez l’être humain quelques tropismes fondamentaux qui font sens pour lui : il cherche à procréer, travaille à la protection et à l'éducation de ses enfants, veut se sentir utile à la société, s’épanouit dans des relations personnelles et familiales, cherche à repousser la souffrance, la maladie et la mort & vise à accéder à une existence supérieure à sa condition d’origine d’un point de vue social ou moral. Qu’il se questionne ou non, on peut y ajouter le besoin d’avoir des réponses à la question du sens de la vie. Max Frich souligne que cette quête du sens est « une aventure » qui trouve son origine dans la conscience de la mortalité, conscience qui définirait notre nature proprement humaine. Jean Grondin souligne cependant que les réponses à ces questions ont pris des formes variées tout au long des grandes périodes de l’histoire : spiritualités animistes pendant la préhistoire, elles deviennent philosophies sous l’antiquité, religions au moyen âge, pensées scientifiques pendant la renaissance, idéologies à l’époque moderne et pensées complexes de nos jours. On peut cependant remarquer une rupture majeure avec l’avènement de la modernité. Auparavant, la question du sens se posait peu car ce sens « allait de soi » dans la culture dominante de chaque individu : l’homme était encadré de sa naissance à sa mort par des formes de « prêts à penser » et était encadré par des rites de passages pour les étapes de sa vie et le passage ultime de la vie terrestre vers un au-delà. Mais ce sens collectif a fini par se perdre depuis le siècle des Lumières et la question a pris une acuité nouvelle, une tournure individuelle : c’est désormais à chacun de définir son sens et de choisir, de faire ce qu’il peut, avec ses angoisses existentielles. D’où les enjeux majeurs en terme de sens dans notre civilisation contemporaine. Or il n’en a pas toujours été ainsi et c’est ce que nous allons tenter de démontrer.


I° Les spiritualités animistes

Les premières tentatives de réponses à la question du sens correspondent à une volonté proprement humaine d’expliquer et de supporter le monde au-delà de la mort. Claude Levi Strauss l’explicite en filigrane dans la pensée sauvage. Il y a deux besoins à satisfaire : un besoin d’expliquer l’ordre de l’univers (cosmogonie) et un besoin de répondre aux angoisses existentielles face à la mort. La spiritualité animiste offre une solution à ces deux aspirations. Pour expliquer les forces de la nature qui le dépasse, l’être humain conçoit des forces qui lui ressemblent (par phénomène de projection) sous la forme de dieux dotés d’intentions multiples qui, tout comme ce qui l’entoure (par phénomène de comparaison), sont des personnes ou des animaux avec leurs qualités propres, leurs histoires, leurs forces, leurs faiblesses et leurs contradictions. Pour expliquer le caractère tragique de l’existence (souffrance, maladie et mort), l’humanité est empêtrée dans de grands mythes qui dépassent la condition humaine et promeuvent l’idée d’un ordre divin au-delà des conceptions offertes par les 5 sens. Tout dès lors est manifestation de cet ordre symbolique, y compris les astres, le corps, les relations humaines et les grandes étapes de la vie.


II° Les philosophies

Une fois l’écriture inventée et découverte, les hommes ont la possibilité d’inventer et de découvrir des histoires beaucoup plus complexes. Le premier héros de l’histoire écrite est Gilgamesh dont l’épopée est à elle seule une quête de sens face à la mort : il s’agit de trouver l’immortalité. Puis au-delà des histoires, Platon ouvre la voie à une nouvelle manière de construire du sens. Élève de Socrate, sa renommée vient de sa théorie idéaliste : les objets et les concepts ne sont que des copies d'Idées immatérielles et parfaites, qui existent indépendamment de leur version sur terre. Selon le Platonisme, le sens de la vie serait d'obtenir la plus haute forme de connaissance, l'Idée du Bien ; l'idée d'où dériverait toutes les choses bonnes et utiles. Le mythe de la caverne fournit une explication du monde qui induit une philosophie de recherche de la sagesse au-delà des apparences. Cette quête s’exprime par la puissance de l’intellect qui permet à l’être humain de s’élever au dessus de la condition animale en donnant du sens justement à la réalité du monde. Platon ouvre ainsi la voie à divers philosophies c’est à dire à diverses interprétations intellectuelles du sens de la vie et de l’existence. Le sens devient ainsi objet de débats et de querelles pour savoir qui a la juste représentation puisque la raison est évoquée comme moyen de départager le sage de l’homme quotidien. Divers courants philosophiques tenteront ainsi de donner leur conception propre du but de l’existence. On peut repérer 5 grandes écoles de pensée : l’hédonisme, le sophisme, le cynisme, le matérialisme et le stoïcisme.

L’hédonisme (Épicure) est une doctrine philosophique selon laquelle la recherche du plaisir constitue le but de l'existence humaine.

Les Sophistes (Protagoras, Gorgias, Prodicos, Hippias d’Élis) sont des orateurs, maîtres de la rhétorique (l’art de parler avec éloquence), et spécialistes du savoir, dont le raisonnement n’avait pour unique but que l’efficacité persuasive et non la vérité.

Les Cyniques (Antisthène, Diogene) pratiquent le cynisme, une doctrine matérialiste et anticonformiste (qui s’oppose aux conventions sociales établies), fondée vers -380 av JC par Antisthène, un disciple de Socrate et de Gorgias (sophiste). Les cyniques soutiennent qu’il faut une bonne conduite dans la vie, le reste étant sans intérêt : tout ce qui n’est pas en rapport avec la vertu est alors ignoré, comme les sciences ou la logique.

Les Stoïciens (Zénon de Cition, Epictète, Seneque, Marc Aurèle) étaient les adeptes du stoïcisme, un mouvement philosophique occidental issu de l’école du Portique fondée en -301 à Athènes, par Zénon de Cition. Selon les Stoïciens, le bonheur serait atteignable par l’ataraxie (sérénité, tranquillité de l’âme, absence de troubles de l’esprit), ainsi que par l’aponie (absence de troubles physiques, corporels). Pour eux, le bonheur est la fin naturelle de l’existence de l’homme, mais il est atteignable par le moyen de la sagesse. Les Matérialistes (Leucippe, Democrite, Aristippe, Épicure, Lucrèce) professent une philosophie rejetant l’existence d’un principe spirituel, ramenant toute réalité à la matière, et affirmant que tout phénomène est le résultat d’interactions matérielles.


III° Les religions

Le retour à l’idée spirituelle se réalisera au Moyen Age après la chute de l’Empire Romain à travers l’idée religieuse. La conviction de nombreuses religions repose sur le postulat que le corps est le véhicule d'une âme. La réponse religieuse est que le sens de la vie réside dans la valeur de nos actes dans l'attente du « jugement » qui déterminera la qualité de la vie après la mort que ce soit sous la forme de la vie éternelle ou de la prochaine réincarnation.

Selon le point de vue chrétien, l'homme existe pour rencontrer Dieu. Il existe une notion protestante selon laquelle c'est par la grâce, à travers la foi en Dieu, que l'homme est réconcilié avec son créateur (grâce au sacrifice de Jésus-Christ).

Dans l'Islam, l'homme a été créé par Allâh pour l'adorer de façon exclusive. Ainsi, Allah dit dans le Coran (selon la traduction du sens rapproché) : "Et je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M'adorent". Ibn Kathîr a interprété ce verset en disant : "Le sens de ce verset est qu'Allâh a créé les créatures afin qu'elles L'adorent sans L’associer à quelqu'un d'autre parmi Ses créatures, comme un Prophète, un saint, le soleil, les vaches…

Pour Bouddha, la vie n’est que changement et souffrance. Elle trouve son origine dans le désir et l’attachement. Il s’agit de s’en libérer par la voie du milieu, ni trop ascétique, ni trop souple. Dès lors la libération est possible pour tout homme qui s’adonne à la méditation et à la contemplation dans l’instant présent. L’objectif de la vie est donc d’atteindre cet état de conscience transcendantal libéré de l’égo et de ses illusions de séparation du reste du monde. Contrairement à ce qui est pensé, il ne s’agit pas de se réincarner dans une meilleure vie mais de stopper la mécanique infernale des réincarnations en atteignant la sagesse suprême qui s’exprime par un sentiment de plénitude et de fusion avec le grand tout.


IV° Les philosophies modernes

Au xviiie siècle, le mouvement humaniste du siècle des Lumières a pour but de dépasser l’obscurantisme des religions et de promouvoir les connaissances. Ce siècle est marqué par des idées d'égalité entre les Hommes, de liberté et de rationalité. On cherche plus à comprendre le fonctionnement du monde qu'à lui trouver un sens. Cette époque cultive un goût particulièrement prononcé pour les écrits totalisants qui rassemblent l’ensemble des connaissances de leur temps. Cet idéal va trouver sa réalisation dans l'Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, publiée entre 1750 et 1770, dont le but était de sortir le peuple de l’ignorance par une diffusion très large du savoir. De nos jours, Wikipédia suit le même idéal par le moyen d’internet.

Du point de vue du sens de la vie, de nouvelles philosophies vont émerger : l’utilitarisme, la morale kantienne, le nihilisme jusqu’à l’existentialisme qui va acter le caractère purement individuel des conceptions du sens de la vie.

Les origines de l'utilitarisme peuvent être remontées jusqu'à Épicure, mais en tant qu'école de pensée, Jeremy Bentham est généralement considéré comme son fondateur. Celui-ci décréta que « la nature a placé l'humanité sous le règne de deux puissants souverains, la douleur et le plaisir ». Le but de n'importe quelle action serait d'augmenter notre plaisir et/ou diminuer notre souffrance. Il dérive de cette constatation que « ce qui est bien est ce qui amène le plus de bonheur à la plus grande quantité de personne possible ». Pour Bentham, le sens de la vie est le « principe du plus grand bonheur ».

La morale kantienne est basée sur le travail éthique du philosophe allemand Emmanuel Kant. Il est connu pour son éthique déontologique où il y a une seule obligation morale, l'impératif catégorique, dérivé du concept du devoir. Chaque action, pour être éthique, devrait être exécutée selon l'impératif catégorique. Expliqué simplement, le test qu'une personne devrait faire pour vérifier la qualité d'une action est de l'universaliser (s'imaginer que tout le monde agit de cette manière) et de vérifier si l'action devient ou non contradictoire. Kant donne l'exemple d'une personne qui voudrait emprunter de l'argent sans avoir l'intention de la repayer. Ceci est une contradiction, car si elle était universelle, plus personne ne prêterait, car personne ne se ferait jamais rembourser. Le mensonge ne pourrait également pas être universalisé, car le concept de vérité n'aurait plus aucun sens.

Le nihilisme suggère que la vie n'a pas de sens objectif. Friedrich Nietzsche considère que le sens de la vie ne peut être interprété par l'homme qui fait partie de la vie elle-même. Dans le Crépuscule des idoles, il déclare ainsi : « La valeur de la vie ne saurait être évaluée. Pas par un vivant, car il est partie, et même objet de litige ; pas davantage par un mort, pour une tout autre raison ». Pour Nietzsche, la vie n'est digne d'être vécue seulement si nous avons des buts à atteindre. Il voyait le nihilisme (« tout ce qui arrive n'a aucun sens ») comme sans but. Il n'exclut pas pour autant la possibilité que l'homme puisse faire quelque chose de sa vie, pour lui donner un sens « Qu’est-ce que le bonheur ? Le sentiment que la force croît, qu’une résistance est surmontée ». Sigmund Freud peut être rattaché à cette école de pensée puisqu’il déclare : « quand on commence à se poser des questions sur le sens de la vie et de la mort, on est malade, car tout ceci n'existe pas de façon objective ».

Enfin, l’existentialisme achève l'idée même de sens de la vie : c'est à chaque personne de définir le sens de sa vie. La vie n'est pas déterminée par un dieu super-naturel et l'Homme est libre. L'existentialisme est un courant philosophique et littéraire qui considère que l'être humain forme l'essence de sa vie par ses propres actions, celles-ci n'étant pas prédéterminées par des doctrines théologiques, philosophiques ou morales. La conscience humaine, selon Sartre, est pouvoir de néantisation et liberté : elle s'oppose en tout point à l'en-soi, l'être plein, massif et opaque des choses. Ainsi, condamné à une liberté absolue, l'homme doit-il inventer son chemin. Albert Camus, souligne que le « sens de la vie » est « la plus pressante des questions » : « Le monde est beau, et hors de lui point de salut (...) ce chant d’amour sans espoir qui naît de la contemplation peut aussi figurer la plus efficace des règles d’action ». Le constat d'une vie sans espérance religieuse n'est pas pour autant dénué de sens ni de joie : « On sent bien qu’il s’agit ici d’entreprendre la géographie d’un certain désert. Mais ce désert singulier n’est sensible qu’à ceux capables d’y vivre sans jamais tromper leur soif. C’est alors, et alors seulement, qu’il se peuple des eaux vives du bonheur ». Camus prétend que des âmes lucides et entraînées peuvent trouver un sens à leurs jours, et jouir dans cette plénitude.


V° Les découvertes contemporaines

Partant du postulat existentialiste, le point de vue contemporain sur le sens de la vie l’observe d’un point de vue extérieur c’est à dire scientifique. Il ne s’agit plus de définir ce qu’est le sens de la vie, d’inventer une nouvelle philosophie ou religion. Il s’agit de comprendre le sens comme un objet. Le sens devient un objet scientifique observé comme un phénomène social et psychologique comme un autre. Paradoxalement le sens devient en même temps un objet perçu de manière positive, d’un point de vue utilitariste en effet le sens a son utilité dans le cadre d’une société techniciste où seul les moyens sont mis en avant. Le sens devient une solution à cette crise existentielle.

Viktor Frankel sera sans doute le premier à valoriser le sens. D’origine juive, il subira l’expérience des camps de concentration. Il en ressortira en faisant le constat que ceux qui survivent sont ceux qui réussissent à conserver un sens à leur vie au delà de la barbarie nazie. En rupture avec Freud, il mettra le sens au cœur de ses approches thérapeutiques et inventera la algothérapie. La logothérapie est une psychothérapie destinée à sensibiliser l'individu sur le sens de sa vie. Selon Viktor Frankl elle est considérée comme la troisième école viennoise de psychothérapie focalisée sur le besoin de sens, alors que selon ce point de vue la psychanalyse freudienne est centrée sur le principe de plaisir et que celle d'Alfred Adler se cristallise sur la volonté de puissance individuelle. La logothérapie postule que tout être humain est doté d'une motivation primaire qui l'oriente vers le sens de sa vie. Aussi, le thérapeute n'est pas là pour indiquer la direction au patient mais pour l'aider à reconnaître les valeurs qui l'attirent et à réaliser son entéléchie, c'est-à-dire les meilleures possibilités inscrites dans sa situation concrète. Frankl estime qu'une des principales causes de névrose est la perte de sens. Il défend la thèse selon laquelle l'inconscient est principalement d'essence spirituelle car "lorsqu'on trouve un sens aux événements de sa vie, la souffrance diminue et la santé mentale s'améliore". Au-delà de l'instinct de plaisir, la nature profonde de l'Homme le conduit vers la réalisation morale. Viktor Frankl ne considère pas que l’homme soit le jouet de ses propres pulsions. En tant qu’être humain l’homme peut choisir librement sa perspective, sa position et son attitude face aux conditions intérieures et extérieures de son existence.

Cette vision positive du sens sera confirmée par les travaux de Wong en psychologie positive. Le psychologue clinicien canadien et professeur Paul Wong a consacré de nombreuses années à l'étude du sens de la vie. Il en découlera une thérapie par le sens centrée sur la recherche de solutions et non sur la focalisation sur les problèmes. D’inspiration cognitiviste, ce type de psychothérapie vise à redonner à l’individu sa capacité à produire du sens pour soigner ses blessures.

Aujourd’hui le sens est reconnu pour ses vertus thérapeutiques par de nombreux psychologues. Dans ce même ordre d’idées, on peut citer les thérapies existentielles d’Irvin Yalom et les groupes de parole de David Spiegel auprès de femmes atteintes de cancer du sein.


VI° Vers une science du sensemaking ?

Au-delà de ses vertus thérapeutiques, le sens a fait son entrée dans le domaine du management grâce aux travaux de K. Weick. En sciences de la gestion, Karl Weick a conçu un modèle de sense-making axé sur la création collective du sens en contexte organisationnel. Ce modèle, très utilisé dans les domaines de la gestion et de la communication organisationnelle, suscite de l’intérêt en sciences de l’information, notamment pour la complémentarité qu’il offre avec celui de Dervin. Le sense-making de Dervin adopte une position épistémologique constructiviste qui met l’accent sur la manière dont les connaissances sont construites par l’individu. Le sense-making se veut aussi en continuité avec des approches cognitivistes, l’information étant avant tout comprise et interprétée du point de vue des individus (Davenport, 2010). L’approche du sense-making permet ainsi d’établir des patterns représentatifs de la manière dont les individus construisent le sens à des moments précis dans le temps et l’espace. Le sense-making de Dervin a marqué de manière significative la recherche sur les comportements informationnels, en mettant l’accent sur les utilisateurs plutôt que sur les systèmes. Il représente un outil conceptuel d’application large afin de mieux comprendre les pratiques informationnelles et communicationnelles des individus et des groupes dans différents types de situations et de milieux. La difficulté semble consister à adapter le modèle pour étudier le processus de construction de sens des organisations. Le sense-making de Weick s’inscrit dans le paradigme constructiviste que certains décrivent aussi comme interprétativiste, puisque de la diversité des interprétations données par différents acteurs organisationnels émerge une perception partagée de la réalité et de l’environnement où ils évoluent. La communication entre acteurs organisationnels est perçue comme un processus d’interactions et de significations partagées. L’organisation représente, pour Weick (1995), une réalité que les acteurs organisationnels perçoivent en fonction de leurs schèmes de pensée propres. Leurs décisions et actions sont ensuite fondées sur cette perception  – ou construction  – de leur réalité. Puisque la création de sens est rendue nécessaire par l’ambiguïté inhérente à l’environnement, elle pourrait bien être, selon Weick (2001), la problématique organisationnelle centrale. Le modèle interprétatif de Weick vise à comprendre comment les organisations, et les groupes de personnes qui y travaillent, font sens de ce qui se produit autour d’elles, et construisent leur réalité à travers un processus de communication et d’interprétation de messages (ou d’information). Cette construction de la réalité constitue le fondement sur lequel s’appuient ensuite les actions et décisions prises. Le processus de construction du sens est avant tout propre à chaque individu puisqu’il est marqué par des facteurs cognitifs et affectifs inhérents à l’être humain, qu’il s’agisse de sa manière de percevoir sa réalité ou encore d’analyser et d’interpréter des éléments d’information. ce processus est également contextuel puisqu’il prend place dans un environnement social, culturel, économique et politique qui caractérise la situation vécue par un individu, un groupe ou une organisation. La démarche individuelle pour appréhender un phénomène ne peut faire abstraction de l’influence de la collectivité. Le modèle de Dervin semble avoir plus de difficulté à rendre compte de la dimension organisationnelle du processus de création de sens, et de la dynamique qui s’établit entre les caractères individuel et collectif de ce processus et du sens créé. Un individu n’est jamais complètement isolé  : il est le produit d’une société, de valeurs et de croyances  ; il absorbe les courants dominants de son environnement tout comme les courants de sous-culture. La perception qu’il a de sa réalité ne peut par conséquent faire abstraction des interactions avec les autres et avec l’environnement. Le processus de construction du sens devrait ainsi rendre compte de la multiplicité des points de vue qui entrent en conflit ou en négociation afin de déterminer l’influence réciproque qui contribue à «  énacter  » une nouvelle réalité.


En guise de conclusion

Des premières tentatives de réponses primaires à la question du sens de la vie aux travaux de Weick, on se rend compte du chemin parcouru par la pensée humaine. A-t’on pour autant fait le tour de la question ? La scientifisation des propos correspond à une extériorisation du point de vue comme si le sens était un objet extérieur à l’intérieur de l’être humain. Paradoxalement, avec cette extériorisation, le sens de la vie n’est plus considéré comme un donné extérieur qui s’imposerait et qui serait à découvrir, qui aurait une existence en soi à laquelle l’homme devrait se soumettre car il est « la » vérité. La volonté d’appliquer la pensée scientifique à la question du sens correspond au moment où les chercheurs ne veulent plus répondre à la question du sens de la vie (puisqu’il n’y en a pas) mais tentent d’aborder le sens comme un phénomène social total qui ne peut être séparé de l’observateur qui le considère. Ainsi, plutôt que de chercher une objectivation de la question du sens, sans doute les travaux futurs devraient ils tenter de rendre compte de son caractère éminemment subjectif. En plaçant le sens dans sa dimension de subjectivité, on peut sans doute comprendre davantage comment il fonctionne, ce qui le génère ou au contraire l’anéanti dans la conscience humaine. Pour l’aborder une approche clinique peut donc sembler pertinente car elle intègre la dimension subjective de la recherche à travers les notions de transfert et contre transfert.





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